Est-ce que je peux « rationnaliser » mes émotions ?

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La « rationnalisation »des émotions c’est pouvoir influencer quelles émotions on a, quand on les a et comment on les ressent et on les exprime. La régulation des émotions dysfonctionnelles ou inappropriées peut prendre plusieurs formes :

  • lorsque les émotions s’expriment de façon explosive ou impulsive
  • lorsqu’elles sont inhibées et trop contrôlées
  • lorsque la personne a le réflexe de fuir les situations qui provoquent l’émotion
  • lorsqu’elles deviennent un état affectif permanent pénible (dépression)

La fonction principale des émotions est de communiquer aux autres et de chercher à les influencer. La communication des émotions influence les autres, la colère arrête les autres, la tristesse et le désespoir peut pousser les autres à prendre soin de nous. L’expression inadéquate des émotions peut conduire soit à des conflits interpersonnels soit au retrait.

Les émotions servent aussi à nous communiquer à nous-mêmes, à nous auto-valider.
Après plusieurs essais et erreurs, on en vient à se fier à ses émotions, ce qui contribue à construire son identité. « Se fier à ses sentiments » « Je le sens dans mes tripes »

Lorsque l’émotion est ressentie, elle pousse vers l’action : comme fuir en état de peur, se battre en situation de colère. Mais cette tendance à l’action peut être bloquée, parce que nos expériences passées nous ont appris a le faire.

Il existerait six émotions de base, nous serions nés avec le potentiel génétique pour ces émotions : agressivité – tristesse – crainte – dégoût – surprise/intérêt – excitation/joie.

Toutes les autres émotions seraient apprises.

Il y a trois grands types d’émotions :

Les émotions vulnérables sous-jacentes : qui sont en réaction directe à des évènements : par exemple la tristesse en relation aux pertes, la peur de l’abandon, de ne pas être aimé, etc.

Les émotions réactionnelles : ne sont pas des réactions à des situations, mais des réactions à ses propres émotions. Elles sont ou bien des réactions aux émotions sous-jacentes ou bien des défenses contre ces émotions; par exemple être en colère pour ne pas se sentir blessé (tristesse); ou se sentir coupable d’être en colère.

Les émotions instrumentales : ce sont des émotions manifestées dans l’intention d’influencer l’autre; par exemple se plaindre pour susciter la sympathie.

La réaction émotive peut être déclenchée par un évènement externe, mais plus souvent qu’autrement, dans les relations intimes, l’évènement déclencheur est interne. C’est-à-dire l’interprétation qu’on fait de l’évènement. Par exemple les personnes victimes d’abus dans leur enfance, vont faussement interpréter les comportements d’un proche comme malveillants. Ayant été victimes de violence dans leur enfance, elles ont développé un réflexe automatique d’être en état de vigilance et de s’attendre à être attaqué.

Il y a des réactions physiologiques qui sont déclenchées par le cerveau suite au signal d’alarme provoqué par l’incident déclencheur; les muscles deviennent tendus (surtout les muscles faciaux, du cou, des épaules), la respiration s’accélère, les battements du cœur augmentent, la température de la peau s’élève.

La prise de conscience des sensations corporelles est souvent la première étape du processus qui permet de ressentir l’émotion pour pouvoir l’identifier. Mais, certaines personnes ont appris à ne pas ressentir les changements corporels associés aux émotions, par exemple s’il n’était pas permis de pleurer dans la famille la personne s’est conditionnée à bloquer les manifestations physiques qui accompagnent la tristesse comme les pleurs et les sanglots.

Plusieurs personnes ont beaucoup de difficultés à ressentir et identifier leurs émotions. Leur histoire familiale les a amenées à réprimer leurs émotions pour survivre et s’adapter. Par exemple, l’enfant « adultifié » qui a dû prendre soin d’un parent, malade mental ou toxicomane, ne pouvait se permettre de ressentir les émotions normales dans l’enfance comme; être vulnérable et avoir le besoin de protection. Comme autre exemple, une mère de famille, conjointe d’un homme paraplégique à la suite d’un accident, ne peut se permettre de déprimer, car elle a la charge de la famille.

Il est très difficile pour ces personnes d’avoir accès à leurs émotions, car c’est le refoulement des émotions qui leur a permis de survivre. Même si le mécanisme de survie n’est plus nécessaire, il continue d’exister quand même, c’est devenu comme un réflexe.

Certaines personnes ont vécu dans un milieu familial qui invalidait les émotions qu’elles exprimaient; par exemple si l’enfant vivait de la peine ou de la colère, on lui disait que c’était faux : on lui affirmait qu’il ne vivait pas vraiment de la tristesse ou de la colère. En d’autres milieux, l’expression de certaines émotions était interdite et même punie. En conséquence, ces personnes, devenues adultes, ont énormément de difficultés à ressentir et identifier les émotions qu’elles ressentent.

Quand les émotions de quelqu’un ont été minimisées ou invalidées, elles ne peuvent plus se fier à leurs propres émotions. Leur réaction est ou bien de les réprimer, ou bien d’accroître l’intensité des émotions par une réaction de crise qui force les proches à tenir compte de leurs besoins.

Parfois l’émotion primaire est intolérable, comme une détresse absolument insupportable ou un sentiment de vide très intense; les personnes ne peuvent faire autrement que de réprimer l’émotion. Les personnes peuvent aussi avoir recours à des moyens de fuite pour ne pas la ressentir. La consommation d’alcool ou de drogues est un de ces moyens, un autre est l’auto mutilation, il y aussi l’envie de mettre fin à ses jours.

Il arrive qu’il y ait une in congruence entre le message qui est envoyé par les expressions faciales et les attitudes corporelles. Ainsi, la personne peut être perçue comme menaçante à cause de son langage non-verbal; alors qu’elle-même, ne se sent pas du tout agressive, mais seulement directe et insistante.

La sécurité et la validation procurée par les autres sont des sources majeures de régulation de l’affect. À mesure que l’enfant grandit, la réponse rassurante et réconfortante de la mère est internalisée sous forme d’une capacité à se réconforter soi-même; les adultes développent la capacité de réguler leurs affects à mesure que le cerveau et le soi se développent.

Dans le processus thérapeutique, des exercices seront proposés pour aider les personnes dans le processus d’apprentissage à la régulation des émotions. Les deux apprentissages de base consistent à accepter et tolérer les émotions et ensuite les mettre en mots.

Accepter et tolérer totalement ses émotions, même les plus pénibles, signifient s’y abandonner sans avoir peur de conséquences terribles, s’abandonner à ses émotions c’est le contraire de les combattre; en fait, on empire la souffrance ou la dépression en la combattant. En somme, cela signifie les apprivoiser comme on apprivoise un poulain sauvage.

En acceptant ses émotions, on sépare l’émotion de l’action. Se sentir en colère ne signifie pas qu’on va agresser l’autre personne. Se sentir désespéré ne signifie pas qu’on va mettre fin à ses jours. Ce laisser-aller à sentir ses émotions ne signifie pas qu’on doive les exprimer telles quelles au proche.

À mesure que l’émotion devient modulée, elle cesse de s’exprimer dans l’action directe, mais devient un signal. La réflexion donne un sens à l’émotion et cette réflexion s’intègre à la tendance à l’action et à la communication.

Le fait de symboliser l’émotion en la mettant en mots permet de lui donner un sens.